C’est en février dernier, en pleine crise du CPE, que cette possibilité a été évoquée pour la première fois. Je savais simplement qu’Enel avait évoqué une OPA hostile sur l’ex-Lyonnaise des eaux, notamment car l’italien se montrait intéressé par ses actifs belges.

Je ne voyais dans la déclaration du Premier Ministre qu’un artifice de plus, une ficelle assez grosse pour symboliser, d’une manière assez grossière, le patriotisme économique, et intervenant tout juste après l’offensive de Mittal Steel sur Arcelor. En effet, l’éventuelle fusion discutée alors avait clairement pour objectif de protéger Suez, d’on ne sait quel danger, plutôt que de sécuriser les approvisionnement énergétiques de la France.

Depuis février, les arguments ont changé du côté des partisans du rapprochement. En effet, l’accent est mis sur les besoins énergétiques futurs. Et c’est là que le bât blesse: aucune politique communautaire en la matière.

Pierre Gadonneix, PDG d’EDF estime à environ 600 gigawatts l’augmentation des capacités de production d’ici trente ans, soit six fois les capacités actuelles d’un pays comme la France. Une possible fusion GDF - Suez apparaît alors comme un pas vers le renforcement du secteur, voir la création d’un champion européen de l’énergie, sachant que 50% de la production est réalisée hors France et Belgique.

Mais cela pose un problème de taille quant à la manière de procéder sur la forme: comment refuser toute pénétration en France des acteurs étrangers (l’italien Enel dans notre cas), lorsqu’EDF prend le contrôle du deuxième opérateur italien d’électricité (Edison) ? Le secteur de l’énergie est en France toujours monopolisé par les deux structures étatiques (80% de parts de marché pour EDF, 60% pour GDF).

Mais on peut s’interroger dans le même temps sur la façon dont ont procédé les dirigeants d’Enel: pourquoi Falvio Conti a-t-il déclaré une possible OPA hostile contre Suez, au lieu de déposer une offre ferme ?
Avait-il un destin européen pour son groupe ? Peut-être pas. L’abandon du nucléaire en Italie a certainement joué un rôle moteur dans la décision d’absorber Suez, dans le but de recentrer géographiquement ses activités stratégiques.

D’un autre côté, les français (ceux favorables à la fusion) ont déclaré, comme expliqué précédemment, que la fusion visait à créer un champion transnational. A regarder de près, les dirigeants de ce nouveau groupe seront essentiellement français...

Quant aux tenants d'un Gaz de France public, voici leur principal argument : l’alinea 9 du Préambule de la Constitution de 1946: "Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert le caractère de service public, doit devenir la propriété de la collectivité".

Finalement, sans entrer dans le débat de savoir si la privatisation de GDF constituait la solution a privilégier, il est certain que tout a été fait pour préserver un groupe privé de "toute" ingérence étrangère, au mépris d’une part, des principes de base du capitalisme, et d’autre part des principes de l’Etat tout puissant.